Packageing réunit plusieurs artistes qui se sont intéressés aux pouvoirs de captation de l’emballage. Le packaging, plus que le mot français emballage, est ce qui capture un produit tout en captivant le consommateur, il est la mise en correspondance physique de l’offre et de la demande, le point de rencontre de l’univers des produits et du monde des vivants. En s’intéressant à l’art d’emballer, Packageing abandonne délibérément le sujet qui choisit pour attirer l’attention sur les objets qui nous font choisir. La marge du monde consommable devenu le centre d’intérêt, l’exceptionnel s’empare de ces choses banales quotidiennement détruites et jetées aux ordures.

A partir d’un extrait de l’installation de Catherine Grandclément, Franck Cochoy et Alexis Bertrand présentée l’an dernier à Karlsruhe lors d’une exposition dirigée par Bruno Latour et Peter Weibel *, Packageing explore les possibilités du packaging à travers un ensemble d’œuvres.

En photographiant de front des paquets de chips, Valérie Belin crée des natures mortes pour société de consommation. Privés de couleur et exagérément agrandis, les emballages de sa série « Chips » acquièrent présence et objectivité. Sujet pop par excellence, le pouvoir de séduction des paquets se retrouve exacerbé par une concentration minimaliste sur leurs éléments formels.
À l’opposé de cette démarche, le projet H.U.M.A.N.W.O.R.L.D. * de Guillaume Paris donne littéralement vie à des emballages. Parlant ou vieillissant, agressif ou philosophique, l’humanisation des emballages révèle leur capacité à mettre en forme les comportements et les idées à une échelle planétaire.

Le collectif General Idea a dès le début de son histoire compris que l’emballage était aussi important que le produit. L’ironie et la distance de leur propos a toujours été solidaire d’un intérêt volontairement exagéré pour la mise en scène. À ceux qui reconnaîtront dans l’oeuvre de la série Pasta paintings la représentation d’un paquet de Marlboro, ils auraient répondu avec une fausse candeur que ce n’est qu’un tableau abstrait rouge et blanc, renvoyant le spectateur à sa soumission à l’image obligée.

Wim Delvoye, de son côté, part de ces images obligées pour absorber, différer et recracher leurs puissances de séduction. Au départ, une customisation de canettes de coca-cola avec le logo de sa propre marque « Cloaca » (un Monsieur Propre avec les intestins à l’air), à l’arrivée une étron emballé sous vide produit par un intestin artificiel de son invention côté en bourse, la machine Cloaca. Le circuit de la consommation est mimé, reproduit, réfléchi par son univers. Et Wim Delvoye de faire remarquer : « Ce que les grandes entreprises arrivent à faire, pourquoi les artistes ne pourraient-ils pas le faire aussi ? »

Roman Cieslewicz dans la profusion et la confusion des images iconiques de son Mafia Paper offre un regard extérieur de professionnel de la publicité en rappelant qu’un emballage est un acte créatif branché en ligne directe sur le courant imaginaire de son époque.


Commissaire : Jonathan Chauveau

Artistes : Alexis Bertrand -Franck Cochoy - Catherine Grandclément, Valèrie Belin, Roman Cieslewicz, Wim delvoye, General Idea, Guillaume Paris.

Crédit photo : "1 sur 4 : peeling (détails) 2005 - Alexis Bertrand, Franck Cochoy, Catherine Grandclément"