Un mal nécessaire que certains commerçants évacuent parfois en se branchant sur une radio populaire. Pourtant, le marketing s'empare peu à peu de cette activité de sonorisation de nos lieux de vie. Il en va de la cohérence du mix. La musique doit se fondre, se soumettre à l'espace et au temps pour habiller la marque selon ses humeurs et selon les consommateurs qu'elle cible. Signe de cette réussite, le désir de certains consommateurs de transposer dans leur univers domestique l'ambiance musicale rencontrée à l'occasion d'un moment de vie agréable. Faut-il penser qu'ils vivent aujourd'hui leur vie comme un film avec bande-son? Peut-être. Ce qui est certain, c'est que beaucoup cherchent à prolonger ces expériences vécues. Ces musiques d'ambiance jouent un rôle identitaire. Ainsi, plusieurs compilations proposées par des lieux branchés permettent aux consommateurs de restituer chez eux l'ambiance qui y règnent. Le Café del Mar, l'hôtel Costes à Paris, le Buddha Bar, le Kong ont ainsi multiplié les compilations vendues aujourd'hui chez Virgin ou à la Fnac.

Pour autant, il ne faut pas penser qu'un lieu ne pourrait avoir d'âme sans un fond musical adapté. J'en veux pour preuve un café hongrois à Budapest : le Central Kavehaz, 1053 Budapest, Karolyi Mihaly utca 9 . J'avais eu l'occasion de le découvrir l'année dernière juste après sa réouverture. J'ai pu cette année à nouveau apprécier ce lieu.



Loin de la fureur de certains lieux branchés, l'ambiance invite ici à profiter du temps qui passe dans un décor début du siècle dernier. Inutile donc de hausser la voix pour se faire entendre. Ici, pas de fond musical si ce n'est en certaines occasions. A cette fin, il sera possible de profiter du piano qui domine la vaste salle.

On pourrait penser que ce décor d'un autre temps n'attire qu'une population d'un certain âge, nostalgique d'une époque révolue. Pourtant, ce n'est pas le cas. Bien entendu les touristes de tout âge sont nombreux, mais on peut également trouver de nombreux étudiants et professeurs sans doute attirés par la proximité de la bibliothèque universitaire. Les ordinateurs portables sont ainsi nombreux et ils côtoient allégrement le café et l'assiette de pâtisserie. Autre concession à la modernité, la présence lors de l'une de mes visites d'un DJ et de sa table de mixage.



Ainsi, le mot ambiance ne veut pas dire ici musique à tue-tête. Il représente un art de vivre, celui du café où l'on se retrouve seul ou à plusieurs pour passer le temps. Difficile de retrouver cette ambiance en France et en particulier à Paris. Les serveurs, pas toujours sympathiques, y exercent parfois une pression commerciale trop assidue. Dommage !