Samedi dernier, nous avions le soleil et la promesse d’une soirée sur la terrasse face à un jardin remis en ordre après une après-midi de travail. J’avais chargé la voiture de quelques sacs de déchets verts. Certains encore bien verts et d’autres beaucoup moins, car il avait bien fallu stocker mes déchets pendant les semaines de fermeture de la déchèterie en raison de la crise sanitaire. Heureux que l’on ait enfin annoncé sa réouverture, je prenais donc la direction de la déchèterie le coffre bien chargé. Oubliés mes griefs envers cette fermeture et l’absence de réponse à mon message envoyé au Smictom 35 pour essayer de récupérer un composteur afin de faire face à l’accumulation des déchets verts. Avec le déconfinement, tout allait enfin rentrer dans l’ordre.

Quelle ne fut pas ma surprise quand, arrivé à proximité de la déchèterie, je fus arrêté par l’un de ses employés qui me demanda si j’avais RDV. Un RDV !? Oui, un RDV comme chez le médecin ou comme chez le dentiste ! Un RDV comme lorsque l’on se rend dans le dernier lieu à la mode où il faut présenter son carton d’invitation. Malgré le ciel bleu et la chaleur, ce n’était plus un parfum d’été qui régnait dans l’air mais un air d’irréalité. Comment aurais-je pu imaginer qu’il fallait désormais un RDV afin de pouvoir conduire ma voiture à proximité du tas de déchets verts et y déposer le contenu de mes sacs ?! Qui avait pu avoir cette idée saugrenue ?

On imagine la mine grave de ceux qui, plongés dans un monde nouveau, celui du confinement et de la réunion Zoom, ont mis au point ce nouveau protocole. En raison de la crise sanitaire et probablement après une analyse fine du comportement des utilisateurs de la déchèterie, la décision avait été prise de mettre en place le RDV à la déchèterie. Il faut donc croire que ce lieu est celui de toutes les proximités et de tous les rapprochements. Il y aurait donc plus de risques à fréquenter la déchèterie, lieu ouvert, que le rayon fruits et légumes, lieu fermé, d’un hypermarché. J’étais, sans m’en rendre compte, bien ignorant de tout ce qui se passe lorsque l’on se rend dans une déchèterie. Ma pratique de ce lieu devait être très minoritaire et bien différente de ce qu’y font la grande majorité des visiteurs. Moi qui ne fais que sortir de mon véhicule pour ouvrir mon coffre, décharger deux ou trois sacs, les vider avant de remonter dans mon véhicule pour repartir ; je serais donc passé à côté de tout ce que l’on peut y faire. De là à imaginer que la déchèterie de la Hutte au Renard abrite finalement un tripot où les initiés partagent quelques moments festifs, je n’en suis pas loin.

 

Cette mesure de protection, sans doute aiguillonnée par une haute administration zélée m’apparaît plutôt comme un écran de fumée pour faire oublier la légèreté des premières mesures prises face au coronavirus. Le délire d’une bureaucratie qui, après avoir été incapable d’avoir un plan pour faire face à une pandémie régulièrement annoncée par les scientifiques, se complait désormais dans une surenchère de contrôle et d’interdiction. Il est décidément plus facile d’interdire que d’expliquer ou de faire confiance. Face à cet employé de la déchèterie qui lui-même ne semblait pas comprendre cette mesure, mais ne pouvait que l’appliquer, je me souvenais d’un 1er tour d’élection municipale où aucun des assesseurs ne portait de masques ou de gants alors même que le confinement était annoncé. Quel triste spectacle que celui de cet assesseur qui faute de gants avait pris ma carte d’identité avec ses doigts protégés par un mouchoir ! Où était le gel hydroalcoolique ? Je me souvenais aussi, plus tard, de mon incapacité à pouvoir acheter des masques à l’hypermarché du coin ou dans les pharmacies. Enfin, je me souvenais de la promesse d’une distribution de masques par la mairie. Promesse qui n’a toujours pas été tenue. Malgré ces différentes déconvenues, je devais me montrer reconnaissant envers une administration qui pour assurer ma protection avait décidé qu’il fallait désormais un RDV pour se rendre à la déchèterie. Sans autre explication, on ne m’empêchera pas de penser que cette décision était une bêtise et que l’on aurait mieux à faire pour me protéger.

 

Comme plusieurs autres véhicules arrêtés par cet employé, je dû donc faire demi-tour et rentrer chez moi avec mes déchets. Il y a quelques jours, cette mesure a été levée. Tous les créneaux ayant été réservés pour cette fin de semaine et la semaine prochaine, il faudra attendre le 27 mai pour retrouver un accès libre, mais contingenté, à la déchèterie. Voilà qui est sans doute plus raisonnable. Nous reviendrons à une expérience de service plus acceptable.

 

 

 

 

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